« 20 septembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 169-170], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5498, page consultée le 26 janvier 2026.
20 septembre [1844], vendredi matin, 11 h.
Bonjour, mon Toto chéri, bonjour, mon toujours plus bien-aimé, bonjour, comment
vas-tu ? Est-ce que je ne te verrai pas un peu plus qu’hier, mon cher amour ? Ce sera
bien ennuyeuxa et bien chesse. Enfin, il faut bien vouloir ce qu’on ne peut empêcher. Et, surtout, il ne faut
pas te fatiguer de mes plaintes au-delà de toute mesure. Le temps paraît rassis, mon
Toto. Peut-être serait-il prudent de faire notre fameuse partie demain, si tu le peux,
bien entendu. Nous avons bien peu de temps devant nous d’ici à la rentrée des classes
et nous aurions beaucoup de choses urgentes à faire, si tu voulais, d’ici là.
Pauvre ange adoré, je te tourmente sans cesse et bien malgré moi. Mais c’est que je
ne
peux pas vivre sans toi, c’est ce qui me rend hargneuse, impatiente et injuste. Je
t’en demande pardon, c’est à dire je te demande pardon de t’aimer trop.
Jour Toto, jour mon cher petit o, papa est bien i. Il pourrait l’être encore bien davantage si …….b voilà la chose, je n’en dirai
pas davantage pour ne pas me compromettre En attendant que vous veniez le plus tard
que vous pourrez, je vous baise sur toutes les coutures.
Juliette
a « ennuieux ».
b Les points courent jusqu’au bout de la ligne.
« 20 septembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 171-172], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5498, page consultée le 26 janvier 2026.
20 septembre [1844], vendredi après-midi, 3 h. ½
J’espère, mon bon petit bien-aimé, qu’il ne t’est rien arrivé et que c’est seulement
ton travail qui te retient loin de moi ? J’ai besoin de le croire pour ne pas ajouter
une affreuse inquiétude à une affreuse impatience. Si je n’étais pas Juju, c’est à dire tout ce qu’il y a de moins chanceux au monde, j’espèrerais que
cette absence prolongée serait pour me donner la journée de demain toute entière.
Mais, hélas ! je suis trop Juju pour cela.
Je ne t’aurai pas vu de la journée,
je ne te verrai peut-être pas de toute la soirée, et demain ce sera à recommencer.
Quel bonheur !!!!!!a
Je ne veux pourtant pas me plaindre trop haut pour ne pas offenser le bon Dieu
car il y a un malheur plus triste que ton absence et auquel je ne résisterais pas,
ce
serait que tu sois malade loin de moi. Je ne veux même pas y penser dans la crainte
de
l’attirer. Je t’aime, mon Victor, ne sois pas malade, aime-moi et viens bien vite,
et
je serai la plus heureuse des femmes.
Je vais faire faire la dictée de Claire tout à l’heure, cela te donnera le temps de
venir. En attendant, je t’aime, je te bénis et je t’adore. Je baise tes cheveux, ton
front, tes yeux, ton nez, ta bouche, tes mains, tes pieds et le reste.
Juliette
a Les six points courent jusqu’au bout de la ligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
